AVIS BD : BURRATO LE VERTUEUX

Les mangas c’est bien, mais cela fait aussi du bien de parler un peu BD de temps en temps. Et bien ca tombe bien, car c’est ce qu’on va faire tout de suite avec Commando Barbare, une nouveauté Glénat écrite et scénarisée par le duo Joann Sfar et Nicolas Keramidas.

Nous sommes en l’An 83 de l’ère du Bien et la paix règne en maître dans le paisible royaume de Litvakie. Malheureusement, alors que la sérénité semblait s’y être définitivement installée, un crime a été commis, de l’or a été volé… Burrato, nain Ritalien de son état, a été accusé du larcin. Horrifié de voir son honneur ainsi souillé, il s’échappe de son procès pour retrouver Mozzarello, son cousin et véritable coupable. Pour cela, il s’aventure au cœur de territoires oubliés et fait la rencontre de ses futurs coéquipiers, bras-cassés, la plupart déclassés du système, tous paumés… Ensemble, ils réaliseront qu’un événement – plus terrible encore que les problématiques juridiques de Burrato – est en train de se préparer… L’Empire du Chaos se refait une santé.

Commando Barbare

 

Si le pitch de base de Commando Barbare est clairement orienté heroic fantasy, on va se rendre compte assez vite qu’il tire profit de ce cadre pour jouer sur le côté humoristique et accentuer ainsi les différents gags ou blagues potaches. Malgré certaines très en dessous de la ceinture, le titre n’est pour autant pas vulgaire et certains passages sont touchants. L’univers est très travaillé et comme l’explique le dossier en fin de BD, l’objectif des auteurs est de créer une série cross media qui s’appuie aussi bien sur la BD, que le jeu de rôle que le roman. A l’instar d’un Alexandre Astier sur Kaamelot, on sent l’ambition des papas de commando barbare, et surtout leur amour pour leur bébé. Enfin, toujours concernant ce dossier, j’ai beaucoup aimé lire ces pages puisqu’en plus de l’univers étendue, ce dernier nous montre comment les auteurs ont travaillé, élaboré la structure de certaines pages … Toujours ultra enrichissant d’avoir ce genre d’infos en fin de BD. C’est quelque chose que Glénat avait déjà fait sur la BD du drame de Fukushima d’ailleurs, et que j’avais déjà trouvé top à l’époque.

Commando Barbare

En ce qui concerne l’histoire, nous suivons donc les aventures de deux nains ritaliens, cousins, dont l’un est accusé de meurtre en lieu et place de l’autre. Burrato, le vertueux, jugé à tort, décide de fuir son procès pour prouver son innocence. Après une évasion … en toute indiscrétion, il se retrouve à parcourir les différents biomes du monde dans lequel il vit, et qu’il n’a jamais exploré. Au cours de son périple il va être amené à croiser orks, elfes ou étudiants. Des rencontres souvent loufoques qui débouchent sur des affrontements sanglants, le tout entremêlé de dialogues complétement barrés où le double sens des phrases donne un niveau de lecture tout autre. Pas forcément fan des univers heroic fantasy, j’ai bien aimé ce ton loin d’être habituel dans ce genre d’univers, et qui fait aussi le charme de Kaamelot si je reste en lien avec ce que je disais un peu plus haut.

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Apparaissant comme ultra violent en début de volume, Burrato se retrouve finalement être un nain sensible (en deux mots) et son périple est très touchant et montre une vraie évolution dans sa façon de voir ce monde extérieur qu’il ne connait qu’à travers les livres et contes de son enfance. En parlant de livres et contes, la transition est toute trouvée avec la narration qui est pour moi le point négatif de cette BD. Si l’idée des auteurs est louable avec la mise en place d’un narrateur du nom d’Affikoman, qui va pouvoir ainsi permettre de briser le quatrième mur. J’ai trouvé cet aspect narratif un peu trop présent au début, et j’ai trouvé que cela manquait de dialogue. Au fil du volume, les dialogues reprennent le dessus et on assiste à une structure qui m’est plus familière et que j’ai préféré.

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Malgré cet aspect narration, j’ai pris mon pied en lisant cette BD et ai beaucoup rigolé sur les blagues potaches qui sont assez loin de ce dont à l’habitude de voir ou lire dans ce genre d’univers. Le fait que les auteurs travaillent sur un univers étendue est aussi top car cela les « force » à donner du corps à leur personnage, même ce du second plan. Je pense d’ailleurs me procurer le roman illustré (prévu pour janvier 2022) qui narre les aventures du cousin Mozzarello qu’on ne voit au final que très peu dans la BD… alors que tout part de lui. Je suis aussi curieux de voir comment s’articule le jeu de rôle, et j’ai quelques potes qui devraient apprécier cet univers pour une petite soirée JdR/bières

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